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Et c’est reparti !

Vous n’avez pas encore de compte Path ? Alors que la twittosphère francophone ne parle (presque) que de ça depuis au moins trois jours ?

Mais quel affreux(se) has been vous faites, et vous osez prétendre travailler dans le web ? Mais allons … Et avant c’était Pheed, et avant c’était Pinterest (et j’en oublie probablement une dizaine en route)

Quel est le problème finalement, si l’on a l’énergie et le temps de s’extasier à longueur de temps sur la nouvelle révolution qui va nous ramener … peu ou prou là où on en était juste avant ?

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… Et vont probablement crier au troll à la simple lecture du titre …

Avec la généralisation des pratiques autour des médias sociaux, un écosystème s’est développé pour répondre à ces nouveaux besoins, la plupart du temps sous format empirique et sans vraiment se poser de questions sur les implications à long terme. C’est la raison pour laquelle au bout de quelques années, la dimension immédiatement applicable des stratégies de conversations a pris le pas sur les autres : je veux bien entendu parler du marketing.

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Je dois avouer que j’allais ce matin à l’Electronic Business Group avec un peu d’appréhension. S’attendre à entendre des tenants du buzz et du marketing viral parler de millions de vues et de like n’avait pas grand chose de réjouissant. Je ne pouvais pas plus me tromper !

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Alors vois-tu, le lobbying sur Internet, c’est assez simple. C’est un peu comme un soufflé au fromage, les ingrédients sont basiques, et la recette est connue, il suffit de trouver la bonne dose de préparation pour que ça parte tout seul.

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« Oui, mais toi, tu n’es pas dans la cible… »  Dite avec un léger soupçon d’impatience, cette sentence est une des esquives les plus courantes que l’on se fait servir lorsque l’on a le malheur de douter d’un projet média sociaux en cours de réalisation. Et pourtant …

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Il y a quelques années, tout était facile. Le Community Management était un métier à peu près inconnu sur la place publique, et ceux qui le faisaient bredouillaient quelques explications à propos de forums et de gens à qui parler sur Internet.

Maintenant que le monde s’est réveillé et qu’une majorité d’organisations ont un jour lu un papier dans lequel on leur parlait de ce « Commnity Manager » qui allait révolutionner les rapports de l’entreprise à ses parties prenantes, tout le monde veut le sien.

Mais personne ne sait quoi lui faire faire, et lui fait donc faire n’importe quoi !

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S’il y a un secteur à suivre avec intérêt lorsque l’on s’intéresse aux communautés web, c’est celui des jeux vidéos. Créateurs de la fonction et du métier de Community Manager il y a une quinzaine d’années, ce secteur est encore à l’heure actuelle en pointe des évolutions des relations client/entreprise, du fait de la maturité des uns, et de la précarité des autres.

L’épisode que je vous propose aujourd’hui se déroule sur Eve Online, OVNI dans la galaxie des jeux en ligne qui a fêté ses 9 ans il y a 2 mois, et qui continue non seulement d’être rentable, mais de gagner des clients régulièrement. Cette prouesse dans un monde où les meilleurs produits durent quelques années tient à un contrat moral passé entre CCP, le studio qui a créé ce jeu, et sa communauté de joueurs. Les joueurs ont une liberté bien plus importante que dans d’autres jeux, mais en contrepartie, y prennent beaucoup plus de risques. Cette sensation de liberté a guidé pendant des années la croissance de la communauté, et l’orientation de développement du jeu. Jusqu’à ce que le studio décide d’élargir sa base de joueurs, et de partir dans une direction de développement radicalement différente de ce qui avait fait son succès. Il faut savoir se réinventer me direz vous. Sauf lorsque les décisions de développement se font au détriment des évolutions déjà promises et des limites du cadre du jeu fixées des années auparavant.

Le rubicon aura été franchi lorsqu’un document interne se retrouva sur les forums de l’entreprise, parlant de monétiser certains aspects du jeu, et de faire entrer la carte de crédit dans la compétition entre joueurs.

La communauté réagit rapidement, et l’entreprise, habituée aux envolées lyriques par forum interposé se dit qu’une fois de plus, les joueurs allaient se calmer passé quelques jours. Seulement cette fois là, il ne s’agissait pas d’un étalage de trolls habituels, mais bien d’une rupture dans le contrat (de confiance, si, j’ose !) passé entre le studio et sa communauté. Autrement dit, une remise en question du cadre du jeu dans lequel évoluaient les joueurs, ou pour parler plus largement, une modification profonde de l’offre de services.

Note aux non joueurs : sans vous réécrire la théorie des jeux, sachez qu’un des éléments les plus fondamentaux d’un jeu tient à ses règles. Elles régissent le cadre fini et structuré dans lequel le  joueur évolue et progresse. Si l’on change ces règles en cours de route, on remet en question toute la progression obtenue jusque là, douchant par là même la volonté d’implication future de sa base de joueurs.

Passées les protestations par forums, la communauté comprit que seules les protestations touchant au produit d’exploitation allaient pouvoir fonctionner, et ont donc lancé conjointement deux opérations :

- La suspension du renouvellement automatique des abonnements de jeu
- Le bloquage des centres névralgiques au sein du jeu pour sensibiliser ceux qui n’étaient pas au courant.

En deux semaines, près de 85% des comptes actifs ont été suspendus et l’économie du jeu était bloquée, l’empêchant de fait d’avancer.

Le coup de semonce a fini par produire des effets, puisque le patron du studio de développement lui même finit par se fendre d’un mea culpa sur le blog de l’entreprise, et promettre qu’on ne les y reprendrait plus.

Cet épisode date déjà d’il y a un an, mais les répercussions continuent de se faire sentir dans la communauté et dans la façon dont la société éditrice gère ses produits. La communauté a fait sienne l’expression qui a lancé le mouvement de protestation « We are your only player base » et l’événement a suscité quelques articles et vidéos sous le titre « Greed is good« 

Les enseignements que l’on peut en tirer sont prospectifs, mais apportent un éclairage sur ce que pourrait être le futur des relations B2C :

  • Lorsque votre communauté est structurée, l’étape suivant naturellement est un souhait de peser dans l’évolution de l’entreprise pour laquelle ils ont investi temps et argent
  • Cette étape est critique : si vous refusez ce que souhaite vous apporter votre communauté, vous perdrez plus que des clients, vous perdrez le capital confiance que vous avez probablement mis des années à bâtir
  • Pour autant, les souhaits d’une communauté ne sont pas tous à prendre au pied de la lettre. Mais dans tous les cas, la conversation et l’échange restent des passages obligés pour évoluer conjointement

 

Depuis le temps qu’on vous le dit, vous devriez quand même être au courant. Cette année sera celle des media sociaux et de la grande transition vers les pratiques collaboratives dans les entreprises. Voyez vous même, cette prophétie auto-réalisatrice bégaie sur Twitter depuis que des hordes d’experts ont des stratégies et des idées à vous vendre.

Si l’on se pose quelques minutes pourtant, ces même experts, en tant qu’utilisateurs de media sociaux, ne suivent pas les pages et les espaces qu’ils souhaitent vous vendre. Et ce, pour une raison simple : tous les annonceurs ne sont pas égaux face aux media sociaux, et susciter la conversation n’est pas toujours une évidence. Alors évidemment, on y va de nos astuces d’experts et l’on fait gagner qui une tablette, et qui un tour du monde … Mais ce n’est qu’une façon de plus d’acheter la présence d’une audience. Et comme disait très justement Yann Gourvennec « Acheter des fans, c’est acheter de l’amour … Et acheter de l’amour, ça porte un nom » 

Et si l’on revenait à de simples règles de bon sens une seconde, à savoir :

  • Si l’on a rien à dire, le mieux n’est-il pas de se taire ?
  • Si l’on souhaite participer à une conversation, le mieux n’est-il pas de savoir ce que votre interlocuteur souhaite entendre ?
  • Si l’on veut qu’une conversation dure plus que le temps d’échanges de banalités, ne vaut-il pas mieux savoir développer ses idées ?

Ca a l’air de portes ouvertes gaiement enfoncées dit comme ça, mais allez donc prendre une dizaine de pages Facebook ou de comptes Twitter d’entreprises au hasard, et vous verrez que ces bases ne sont que rarement respectées.

Peu importe si la concurrence fait n’importe quoi direz vous, sauf qu’il en va de notre responsabilité, nous qui conseillons les entreprises sur les media sociaux de savoir leur dire de temps en temps qu’une présence systématique sur les media sociaux n’est pas une évidence, et que si certains projets sont des fours annoncés, la responsabilité nous retombera toujours dessus au moment de faire les comptes.

J’ai souvent choqué des clients et des partenaires potentiels en répondant « Mais pourquoi ? » lorsqu’ils cherchaient un conseil pour ouvrir une page Facebook. Parce qu’au final, tout le monde a bien envie d’une nouvelle vitrine gratuite avec audience captive intégrée, mais très peu sont prêts à y mettre le prix en terme d’investissement humain et de transformations de leur structure.

Et pour faire évoluer notre métier, nous avons la responsabilité de leur remettre en mémoire.

Bref, vous là, qui enviez votre concurrent et ses milliers de fans ou de followers, demandez vous avant tout :

  • A qui vous allez parler ?
  • Ce que vous avez à dire ?
  • Ce qu’ils veulent entendre ?
  • Comment les deux points précédents peuvent être accordés ?

Et vous aurez une chance raisonnable de ne pas finir dans les projets morts nés qui feraient plus de mal que de bien à votre réputation.